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Blog[Interview]

Échange avec Delphine Mathias

Chargée d’études en acoustique sous-marine

Pour le suivi des niveaux sonores pendant les tests puis pendant les travaux de forage et d’installation, Ailes Marines a contracté, sur les recommandations du CDPMEM22, la Société d’Observation Multi-Modale de l’Environnement (SOMME), un bureau d’études indépendant spécialisé dans l’observation des écosystèmes marins. 

Delphine Mathias chargée d’études en acoustique sous-marine chez SOMME analyse les données sonores fournies par la bouée acoustique RUBHY conçue et développée par RTSYS et GISMAN et déployée lors des opérations de forage. 

Quelles sont les études que vous réalisez sur le parc ?

Nous réalisons des mesures de suivi acoustiques pour caractériser le bruit sous-marin émis pendant les travaux de forage et d’installation du parc afin d’évaluer son impact sur le milieu marin. Nous sommes intervenus en 2018 à l’occasion de la seconde campagne géotechnique et en 2021 lors du début des travaux. Nous avons étudié des mesures du bruit sous-marin en continu et en temps réel à partir de la bouée déployée à 400 m du navire de forage. 

Dans quel contexte s’inscrivent ces études ? 

Ces mesures réalisées sur site s’inscrivent dans la continuité des études scientifiques conduites durant 24 mois entre 2018 et 2020 avec Dr. Laurent Chauvaud, directeur de recherche au CNRS et Pr. Frédéric Olivier du Muséum national d’Histoire naturelle. Ces études réalisées en laboratoire portaient sur les effets des bruits pendant les travaux sur des espèces pêchées en baie de Saint-Brieuc : coquilles Saint-Jacques, praires, amandes de mer. 

Quels sont les résultats ?

Nous avons pu suivre en temps réel le niveau sonore des forages avec en relevant toutes les 10 minutes des données collectées par la bouée. L’analyse des bruits émis par les forages du navire Aeolus confirment une émission comprise entre 180 et 190 décibels à la source des forages. Ces émissions tombent entre 137 et 151 à 100m seulement du point de forage. À 1 km des opérations de forage et de tranchage les niveaux sonores reçus correspondent à un niveau de bruit ambiant représentatif d’une zone fréquentée par plusieurs types de navires (navires de pêche, remorqueurs).

Vous avez également réalisé un biomonitoring par valvométrie sur les coquilles Saint-Jacques  ? 

Oui en effet, nous avons équipé des coquilles Saint-Jacques de valvomètres. Nous les avons placées dans des cages et immergées à proximité d’un point de forage. L’objectif étant d’étudier leur état de santé et leur réaction en analysant la fréquence d’ouverture et de fermeture des valves (nombre de sauts) lors des opérations de forage. Lors de cette expérience, nous n’avons pas observé de différence dans le nombre de sauts réalisés à différentes distances du navire Aeolus lors des activités de forage. Nous n’avons pas non plus enregistré de mortalité liée au bruit émis pendant les forages sur les coquilles équipées de valvomètre.

Quelles sont vos conclusions ?

Les résultats de ces études réalisées sur site corroborent les résultats obtenus en laboratoire à savoir que les niveaux de bruit émis pendant les travaux n’entraînent pas de surmortalité sur les espèces étudiées. Le niveau sonore des travaux correspond à celui reporté sur d’autres sites pour des travaux de forage et émis par des navires de plus de 100m de long.

Que vont devenir ces études ? 

Nous avons remis le résultat de ces études à la société Ailes Marines, aux autorités préfectorales et au comité des pêches, CDPMEM22. Les résultats sont présentés devant le comité de gestion et de suivi du parc. 

Ces études vont permettre d’améliorer les connaissances sur le comportement des espèces halieutiques et plus précisément sur les effets du son sur la coquille Saint-Jacques. Cette étude menée sur aucun autre parc éolien en mer dans le monde, représente une première mondiale pour la recherche scientifique marine. Ces travaux et recherches feront l’objet de publications scientifiques.